Là où tout a commencé

6/1/20264 min read

Là où tout a commencé ...

Je m’appelle Delphine.
Je suis née dans une famille modeste, simple mais aimante. Ma mère, infirmière dévouée, a toujours eu le cœur tourné vers le soin et l’attention aux autres. Mon père, informaticien en électronique, était un homme discret, passionné par son métier. J’ai grandi avec mon frère cadet, dans une enfance relativement paisible.

Mes années d’école, de collège puis de lycée se sont déroulées sans heurts particuliers. J’étais une élève moyenne, appliquée sans excès, mais toujours curieuse de comprendre. Je m’entourais facilement : j’avais des ami(e)s avec qui je partageais rires, secrets et rêves d’avenir.

Comme beaucoup d’adolescentes, j’ai connu mes premiers émois amoureux, accompagnés parfois de déceptions et de petites trahisons. Ces blessures, bien que douloureuses sur le moment, m’ont appris très tôt à me relever, à avancer, à ne pas me laisser définir par la souffrance.

Je ne le savais pas à l’époque, mais ces premières épreuves m’initiaient déjà à ce que serait ma vie : un chemin semé de chocs, de chutes et de résilience.

Il y a des douleurs qu’on ne voit pas. Qui s’infiltrent, silencieuses, jusqu’à prendre toute la place. Elles tordent le corps, assèchent les larmes, isolent. On les traite de psychosomatiques, d’inexplicables, d’imaginaires. Mais elles existent. Je les ai portées pendant des années.

Ce parcours n’est pas seulement l’histoire d’un corps qui a souffert, c’est celle d’une femme qui a appris à écouter ce corps. Qui a compris que derrière chaque symptôme se cachait un message.

C’est une histoire de chute. Et de résilience.
De perte. Et de renaissance.

Jusqu’à mes 18 ans, ma vie suit un cours presque ordinaire. Une enfance simple, entourée d’amour, des études sans histoires, des amis, des rêves d’avenir encore flous mais présents. Rien ne laisse présager que tout va changer.

Et puis, un jour, sans prévenir, une fracture invisible vient casser cette apparente normalité.

Le jour où tout a basculé

Pour comprendre la femme que je suis aujourd’hui, il faut revenir à ce moment précis où ma vie a changé de couleur. Ce chapitre est sombre, oui, mais il est aussi le point de départ du chemin qui m’a menée, pas à pas, vers la lumière.

Il y a dans une vie des instants charnières, des moments où le fil de notre existence se déchire pour en tisser un autre, plus rude, plus profond, mais aussi plus conscient. Sur le moment, on ne voit que la douleur, l’injustice, l’incompréhensible. Ce n’est que bien plus tard que l’on perçoit, en filigrane, que ce jour-là, quelque chose en nous s’est éveillé, même au cœur de la nuit.​

Pour moi, ce basculement a eu lieu à mes 18 ans. Je ne le savais pas encore, mais ce choc serait le point de départ d’un long chemin intérieur – un chemin de chute, de révolte, puis de transformation. C’est à partir de là que mon âme a commencé, sans que je m’en rende compte, à chercher un autre sens à la vie, à la souffrance, à la présence invisible du sacré au milieu du chaos.​

1997
J’ai 18 ans. L’année du bac. L’année où je devrais penser à mon avenir, aux études, aux projets, à la vie.​
Mais cette année-là, ce n’est pas la vie qui frappe à ma porte. C’est la mort qui s’invite. Brutale. Définitive.​

Mon père met fin à ses jours. Un geste irréversible, qui déchire notre réalité en une fraction de seconde. Mon père était un homme tourmenté, fragile, en proie à une profonde dépression. Je découvrirai bien plus tard que son mal-être avait une racine sombre : un abus sexuel subi dans son enfance par un bedeau, un secret lourd, enfoui, destructeur, enterré vivant dans sa chair.​
Une blessure qui avait forgé ses silences, ses colères, ses absences de tendresse démonstrative. Et peut-être aussi cette douleur muette que j’ai portée, sans le savoir, dans mon propre corps, comme une mémoire invisible qui cherchait elle aussi à être entendue.

Ce jour-là, tout bascule. Ma jeunesse s’arrête brusquement. Il faut faire face, tenir debout, même quand l’intérieur s’écroule. J’entre dans une forme de survie silencieuse, où l’âme se met en veille pour continuer à avancer coûte que coûte. Je ne comprends pas encore que cette traversée de la nuit sera un jour aussi une porte vers autre chose.

Après le décès de mon père, je n’ai pas souhaité me faire accompagner par un psychologue. J’ai continué à avancer, en espérant rester forte.

Cette perte m’a fracassée.
Je redouble ma terminale. En 1998, j’obtiens mon bac Sciences Médico-Sociales. J’échoue au concours d’infirmière mais réussis celui d’aide-soignante en 1999. Un métier du soin. Un métier du cœur. Peut-être, inconsciemment, une façon de réparer ce qui s’était brisé – en moi, en nous, dans cette famille soudain orpheline de père.

Ce choix n’est pas anodin. Sans le savoir encore, je pose là les premières pierres d’un chemin qui me mènera beaucoup plus loin : un chemin où soigner les autres deviendra le miroir de ma propre guérison, où les blessures des uns éclaireront celles des autres, où le soin ne sera plus seulement un métier, mais une vocation de l’âme.

Le suicide de mon père est une porte qui s’ouvre sur l’invisible. Sur les douleurs qui ne se voient pas, sur les mémoires qui se transmettent silencieusement à travers les générations. Sur ce que l’on porte dans son corps sans le savoir, jusqu’au jour où il nous oblige à regarder en face.

Delphine-Harmonie Plantaire

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